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Chanson douce,
Leïla Slimani

On échappe rarement au bruit d’un prix Goncourt. Pour autant, j’ai eu envie de découvrir ce roman à force de discussions à droite à gauche avec des copinautes qui venaient de le découvrir, qui le décrivaient comme un roman « happant », un de ceux que l’on n’arrive pas à refermer une fois commencé. Déjà en rupture de stock dans ma librairie, je me suis rabattue sur la version numérique, car bien évidemment, je ne pouvais pas attendre !

Le résumé

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

Mon avis

Après avoir refermé un tel livre, ce qui marque, c’est l’incompréhension dans laquelle on demeure. Tout le long de ce roman, j’attendais que vienne enfin une explication pour cette horrible tragédie qui nous est exposée dès la première phrase : « Le bébé est mort ». Mais pourtant rien ne vient. Ou tout du moins, il n’y a pas vraiment d’élément déclencheur, c’est plutôt l’accumulation qui pousse la folie de Louise à son paroxysme.

La description du quotidien de Myriam et Paul est plutôt anodin, le travail les contraint à trouver une nounou pour s’occuper de leurs deux enfants. Louise en est une comme il en existe d’autres, mais j’espère bien qu’elle est unique en son genre. Elle sait se rendre indispensable et n’hésite pas à tout faire pour se faire accepter par la nouvelle famille où elle vient exercer. Une nounou qui va vouloir faire toujours plus pour s’insinuer dans leur vie. Au fur et à mesure du récit, on sent la tension monter, et nous attendons une révélation qui pourrait expliquer, justifier, éclairer son acte.
Rien ne vient. Il y a bien des bribes, des anecdotes qui nous font froid dans le dos (je pense à cette carcasse de poulet, à son appartement délabré, à sa relation avec sa propre fille). Mais rien de suffisamment consistant pour prédire l’imprévisible.

Chanson douce nous confronte à une ambiance pesante et malsaine, dans laquelle le drame est posé. Pourtant, le cheminement pour y arriver est long, nous nous concentrons tour à tour sur Louise, Myriam, Paul, les autres nounous, Stéphanie, les précédents employeurs de Louise. L’on revient sur chacun de ses personnages en tentant de savoir si, mis bout à bout, ces éléments auraient pu être suffisants pour prévoir la tragédie.
C’est probablement pourquoi j’ai trouvé ce roman aussi glaçant, du début à la fin. Tout en sachant que le drame va venir, nous ne pouvons nous empêcher de tourner les pages avec avidité, en cherchant un indice, une preuve. Le processus est long pour arriver jusqu’à cet acte final. Long et minutieux, tout dans le détail, rendant la décision inimaginable. C’est en tout cas ainsi que je l’ai perçu.

En discutant avec mon amie Pretty Books, je me suis aperçue que nous avions une vision différente de cette oeuvre. Là où je trouve toute cette folie inattendue, Fiona la voit plus progressive, à force de distance, de solitude, d’ambigüité. Voilà la force de ce roman qui nous pousse à nous interroger, à réfléchir. C’est une lecture active, d’où le lecteur ne se satisfait pas d’un rôle contemplatif.

En conclusion

Voilà une lecture dont je sors déroutée. Chanson douce est un roman qui pousse à la réflexion, à travers son ambiance pesante et malsaine qui porte en lui le fruit d’une terrible tragédie. Happant et glaçant. Un Goncourt mérité !

Notation 5 A découvrir

La Parisienne

0 réponse

  1. Ce roman est en effet vraiment particulier, il ne peut pas laisser indifférent. J’admire vraiment Leïla Slimani pour sa capacité à analyser si justement l’âme humaine, dans toute sa complexité. Et son écriture est si belle que ce roman a été pour moi une vraie révélation. Contente d’avoir pu en discuter avec toi, c’est chouette aussi de voir les différents points de vue des lecteurs face à un même texte, c’est toujours enrichissant de voir comment chacun l’appréhende et l’analyse.

    1. C’est ce qui me manquait tant, avant de créer ce blog : pouvoir échanger autour de mes lectures. Merci d’avoir comblé ce vide dans ma vie 🙂
      Et puis, maintenant, j’ai réussi à convertir ma maman qui s’est mise à la lecture tous les soirs, je suis trop contente ! Et à chaque fois que je lui conseille un livre, elle aime. (elle vient de tenter Camille, mon envolée. Ca change de ce qu’elle a l’habitude d’apprécier donc on verra…)

      1. Je sais bien oui 🙁 je suis chez mes parents jusqu’à mercredi, mais promis je t’enverrai un petit message dès jeudi. J’ai accumulé un retard monstre, mais si ça peut te rassurer un petit peu tu n’es pas du tout en cause. Mon retard de mails concerne à peu près tout le monde… Je vais vite y remédier et j’ai plein de choses à te raconter du coup. Depuis le temps. 🙂 gros bisous

  2. Je l ai lu et j ai beaucoup aimé. J ai tellement entendu de commentaires disant qu il etait glaçant que je m attendais à quelque chose d encore plus horrible. Je l ai trouvé glaçant parce que finalement, louise ne laisse rien transparaître. Le plus glaçant, c est qu’ à la fin, je trouvais des excuses à son geste… je crois que je suis la seule à avoir pensé ça?

    1. Oui, c’est vraiment l’indifférence de Louise qui est glaçante je trouve… enfin, indifférence en un sens car elle garde bien au fond d’elle les blessures qu’elle encaisse… Par contre, j’avoue que je n’ai pas vraiment excusé son geste à la fin pour ma part :/

  3. Comme tu dis, il va être difficile de résister à ce roman tant tout le monde en parle et le trouve intriguant. Perso, j’ai acheté son premier, Dans le jardin de l’ogre, en espérant être séduite avant la sortie poche du Goncourt. Mais ta critique donne envie de s’y mettre. 😉

  4. J’ai vraiment aimé ce livre et j’apprécie ton analyse. C’est vrai que l’on attend un élément déclencheur qui puisse expliquer un tel geste, mais justement, dans la folie, tout ne s’explique pas, du moins pour des lecteurs sains 😉 c’est pourquoi le roman est un peu frustrant. J’aime les questions que l’auteure nous pose : la solitude et l’accumulation de petites choses dans la vie de Louise suffit-il à expliquer une telle horreur ? Aurions-nous pu anticiper, prévoir, éviter un tel drame ? Glaçant, mais intéressant !

  5. Je ne me suis pas du tout renseignée sur cette oeuvre, même si j’en ai beaucoup entendue parler. Je l’a découvre un peu à travers ta chronique. Elle a l’air… dérangeante. Encore une fois, je ne pense pas être dans une période où j’ai envie de lire ce genre de choses, j’ai peur d’être trop touchée. Mais il a l’air glaçant.

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